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Et le classique dans tout ça !

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Re: Et le classique dans tout ça !

C'est toujours un plaisir ! C'est vrai que j'ai un petit faible pour la musique. À vrai dire, c'est plus qu'une passion car j'ai réussi à en faire mon métier :-)

J'en profite pour aborder aujourd'hui la Russie avec lesTableaux d'une exposition de Modeste Moussorgski (1839-1881). Composée entre juin et juillet 1874, l'œuvre raconte en musique la visite d'une exposition de peinture — celle de son ancien ami Viktor Hartmann, organisée la même année.

Cette suite musicale composée pour piano seul, se découpe entre les promenades d'une part, sorte de figuralismes musicaux du compositeur déambulant dans la galerie entre deux œuvres ; et les pièces inspirées des tableaux observés — qui existent toujours pour certains.

Je vais ici me concentrer sur la dernière pièce — ma préférée — de cette suite : "La Grande Porte de Kiev". Un premier thème majestueux se fait entendre avant d'être suivi par un deuxième thème contrastant ressemblant grandement à une sorte d'hymne religieux. Suite au deuxième thème, le premier reprend avec plus de force et est suivi une seconde fois par le deuxième thème contrastant. Une fois le passage fini, les cloches de la ville se font entendre de plus en plus fort. Le piano est utilisé dans toute son étendue pour donner une image sonore allant des graves bourdonnements des grosses cloches au tintinnabulement suraigu des clochettes dans lequel on entend une citation du thème de la "Promenade". Suite aux cloches se fait entendre une variante du premier thème ; la partition se termine sur une coda aussi belle que grandiose.

Il existe plusieurs version orchestrée mais c'est celle proposée par Mauricie Ravel, en 1922, qui est en général citée comme la plus réussie, la plus brillante et éclatante.

Je vous conseille d'écouter la version originale pour piano bien entendu, mais je vous enjoins à également profiter de la version orchestrale de Ravel ; vous verrez qu'on peut avoir des choses très différentes avec les mêmes notes et que l'orchestration est un art à part entière.

Bonne écoute ;-)

Edité par Pang Tong le 26/03/2018 - 17:55

"La plus grande consolation pour la médiocrité est de voir que le génie n'est pas immortel" (Johann Wolfgang von Gœthe)

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Re: Et le classique dans tout ça !

Ah les cloches, un thème qui est cher aux compositeurs Russes c'est certain ! Pour apporter ma pierre à l'édifice, voici une pièce pièce de Rachmaninov venant de ses Moments Musicaux composés peu après sa dépression :

J'ai aussi essayé de me mettre à l'opéra mais peu importe comment ça se termine toujours en une comédie x) Alors quitte à rigoler voici une interprétation bien éthylique, la section à partir de 2:05 est assez magistrale !

Kurka wodna !

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Re: Et le classique dans tout ça !

Citation:
J'ai aussi essayé de me mettre à l'opéra mais peu importe comment ça se termine toujours en une comédie x) Alors quitte à rigoler voici une interprétation bien éthylique, la section à partir de 2:05 est assez magistrale !

Vraiment fou ce que tu as trouvé ^^

Si tu veux des opéras dramatiques, je te conseille, pour commencer, des tubes du genre : La Traviata, Rigoletto, Il Trovatore, La forza del destino, etc. en gros, du Verdi. Autre conseil, essaye de te déplacer pour écouter ça dans un théâtre en live. C'est le meilleur endroit pour pouvoir profiter de ce type d'œuvre. Un opéra, c'est de la musique mais aussi de la scène. Les deux sont importants et on a la chance aujourd'hui d'avoir des metteurs en scène qui font un travail de font. On ne doit pas toujours être d'accord avec eux mais au moins quelque chose qui peut faire réfléchir est proposé.

Sinon, j'aimerais rebondir sur une réflexion de Hooper sur la notion de grandeur en musique. C'est quelque chose qu'on a du mal à percevoir mais cette notion a beaucoup évolué au fil du temps. Pour donner un exemple, les symphonies de Mozart c'est entre 15 et 25 personnes — grand max — à l'époque. Dans notre imagination, l'orchestre est de taille wagnérienne — plus ou moins 100 musiciens — et des instruments de tout type sont représentés. Eh bien, cela à mis du temps à se développer — principalement aux XIXe et début du XXe siècles.

Deuxième moitié du XIXe siècle, on voit apparaître en Belgique une multiplication d'œuvres de type oratorio ou cantate avec des effectifs qui deviennent monstrueux. En effet, il n'est pas rare de se retrouver face à une armée de musiciens pouvant souvent regrouper entre 1000 et 2000 musiciens.

Même s'il n'est pas le seul, Peter Benoit — compositeur nationaliste flamand — est souvent présenté comme le champion de cette tendance. Il émet le désir de composer une musique qu'il définit comme flamande pour "éduquer" le peuple flamand afin que ce dernier puisse retrouver son essence propre en musique et être "lavé" de toute influence étrangère. Il faut bien entendu remettre ces idées dans leur contexte historique et social — XIXe siècle, donc plein époque de nationalisme en musique. On sait bien aujourd'hui qu'elles ne tiennent pas la route mais c'est toujours intéressant — et important selon moi — de comprendre dans quel contexte une œuvre a été créée ; ça apporte une dimension supplémentaire à l'œuvre.

Je vous propose d'écouter une œuvre colossale : la Rubens-Cantate de Peter Benoit. Elle est trouvable sur youtube même si c'est pas une version terrible. C'est une œuvre qui dure tout de même dans les 45 minutes, le texte est en flamand et c'est du XIXe bien lourd si vous voyez ce que je veux dire. Deux solutions : soit vous décidez de tenter l'expérience, ce que je vous conseille tout de même, et dans ce cas vous pouvez toujours trouver la partition de l'œuvre sur le site IMSLP ; soit c'est trop pour vous et, au lieu de partir en courant, rester tout de même pour écouter, toujours sur youtube, le beiaardlied — le chant du carillon et chef-d'œuvre de la cantate.

Là tout de suite je dois aller manger. J'éditerai mon message par la suite pour vous donner plus d'informations sur la cantate en elle-même ;-)

"La plus grande consolation pour la médiocrité est de voir que le génie n'est pas immortel" (Johann Wolfgang von Gœthe)

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Re: Et le classique dans tout ça !

Finalement, par peur d'écrire un trop gros message, j'en fais un nouveau ;-)

La Rubens-Cantate de Peter Benoit est construite en trois parties : une première, sorte d'ode à la ville d'Anvers par les Villes-Sœurs de Belgique et de Hollande et les Différentes parties du mondeEurope, Asie,Afrique, Australie, Amérique — venus présenter leurs hommages à la ville qui à vu naître le peintre Pierre Paul Rubens ; une deuxième, devant rappeler le joug ayant pesé sur la Flandre au cours de son histoire et la victoire de cette dernière sur ses oppresseurs — cette partie se termine par le fameux Beiaardlied — ; une troisième, introduisant la Jalousie sonnant la fin de cette courte liberté obtenue et permet l'utilisation d'énormément de dissonances. Cette dernière partie, après bien des lamentations, voient la gloire de la Flandre retrouvée grâce au double bouclier qu'elle possède : la liberté et l'art ; le Chœur des nations se fait entendre par tous les personnages de la cantate avant que le beiaardlied retentisse une dernière fois.

La langue utilisée est le flamand, idiome le plus parlé au nord de la Belgique, et le texte ainsi que les mélodies principales sont résolument simples. Les raisons de ce choix sont multiples : rendre le texte le plus intelligible possible par la foule afin de permettre une plus grande communion vers l'objet sacralisé qui est la nation ; faire passer des messages et des sentiments/émotions "politiques" ; donner au flamand un statut de langue et de culture et lui donner ainsi une certaine reconnaissance ; inviter le public à participer activement au concert.

La partition est également l'occasion de nombreux figuralismes musicaux — sortes représentations musicales qui appuient un mot, un sentiment du texte. Par exemple, les moments de douleurs extrêmes sont soulignés par de accords de quintes diminuées ou de quartes augmentées — diabolum in musica. Pour ceux que ça laisse perplexe, c'est une très grande dissonance qui avait même été interdite par l'Eglise pendant tout un temps ; ça correspond par exemple à do#- sol, à do-fa#, etc. Ou encore, lorsque résonne le beiaardlied — pour rappel, le chant du carillon, — l'orchestre se fait entendre en reproduisant le son des cloches.

Benoit fait usage du leitmotiv dans le but de rendre plusieurs thèmes musicaux reconnaissables tout le long de l'œuvre. Certains thèmes sont donc associés à un personnage, une idée, un objet, etc. et vont se faire entendre chaque fois qu'on évoquera cette idée, ce perso, etc.

Les identifications historique et géographique sont un autre moyen pour caractériser une œuvre en lui drapant d'une aura nationale. Le sujet, contrairement à ce qu'indique son titre, n'est pas Rubens mais la Flandre qui présente sa prétendue histoire.

Le côté sacré de la Cantate est également intéressant car on réutilise les codes religieux — passages chantés a cappella, passages chantés et joués à l'unisson, participation du public,etc. — au profit de la nation.

Le folklore peut également avoir une certaine importance en ce sens qu'il peut draper l'œuvre d'une ou de plusieurs caractéristiques populaires/locales. Ainsi, le beiardlied est construit à partir d'un fragment d'un ancien chant populaire : le Wilhelmus van Nassouwe —devenu l' hymne national hollandais.

Vous commencez à comprendre que c'est très compliqué et qu'une œuvre n'est jamais composée selon le seul principe d'inspiration. Elle obéit à des règles, des principes, des codes, des impératifs du temps, etc. En un mot comme en cent, elle est toujours réfléchie et s'inscrit dans un contexte historique et socioculturel bien défini.

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Re: Et le classique dans tout ça !

Je réponds avec pas mal de temps,mais internet est assez capricieux de mon côté et je voulais d'abord écouter cette Rubens-Cantate qui en effet est assez... massive, et c'est vraiment incroyable la quantité de références qu'il y à dans cette œuvre ! Comme quoi c'est vrai que parfois c'est intéressant d'avoir quelques repères historiques pour comprendre une œuvre (mais dans l'absolu... est beau ce qui plaît universellement et sans concepts comme on dit ;-) (non je ne suis pas Kantien, je préfère Schopenhauer !)).

Et merci pour les conseils, je n'ai pas trop l'occasion d'aller écouter de la musique en dehors de mon salon mais si je peux, j'essaierai. Après je connais les "tubes" de l'opéra mais je n'ai pas franchis la barrière visuelle de la mise en scène. Ça me fait d'ailleurs penser que j'écoute beaucoup de pièces pour piano... mais je ne regarde rien, et pourtant certaines œuvres sont aussi intéressantes à écouter qu'à voir !

Premier exemple que j'ai découvert dans un recueil de transcriptions (signé Siloti !) ; La troisième étude de concert de Liszt

J'ai également vu que Rachmaninov incorporait assez souvent des croisements de mains assez élégants, mais je ne m'en étais jamais rendu compte vu que que quand on écoute... eh bien on ne voit pas le mouvement des mains ^^

Après la liste des compositeurs utilisant le croisement des mains peut être assez longue, je joint simplement une sonate de Scarlatti qui de ce que j'ai lu aurait abandonné cette technique vers la fin de sa vie en raison... de sa corpulence croissante !

Pour ceux qui n'ont pas peur

Edité par Kurka Wodna le 25/05/2018 - 21:16

Kurka wodna !

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Re: Et le classique dans tout ça !

Je réponds vite comme ça parce que je n'ai pas beaucoup de temps pour le moment — j'espère en avoir un peu plus pendant les "vacances d'été".

Si tu aimes le côté visuel du piano, tu peux te tourner du côté de Liszt interprété par Gyorgy Cziffra — le meilleur interprète de Liszt — qui fait des trucs parfois complètement débiles, par exemple Le Grand Galop Chromatique.

Du côté de Rachmaninoff, certains préludes sont assez esthétiques visuellement parlant.

Dans le genre n'importe quoi, je suis tombé récemment sur le Galop-Marche à 12 d'Albert Lavignac. Apparemment ce n'est pas la seule œuvre de ce type qu'il nous a laissé.

En ce qui concerne le dodécaphonisme, c'est vrai que c'est pas simple à écouter. Je pense d'ailleurs que les œuvres doivent être plutôt analysées que simplement être écoutées pour être appréciées à leur juste valeur.

Tant que j'y suis, petite anecdote sur Anton Webern qui est un autre compositeur à avoir eu une mort assez stupide. Le gars, un soir de septembre 1945, est sorti de sa maison s'en griller une petite. Problème, il avait simplement oublié qu'il y avait un couvre-feu et il s'est fait abattre par un soldat américain qui était dans les parages. Eh oui, fumer tue...

Je reviendrai plus tard pour écrire un truc plus chiadé quand j'aurais trouvé un sujet intéressant ou bien quand Hooper aura évoqué un truc particulier sur la musique en général ^^

"La plus grande consolation pour la médiocrité est de voir que le génie n'est pas immortel" (Johann Wolfgang von Gœthe)

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Re: Et le classique dans tout ça !

Aujourd'hui, j'aimerais évoquer un prélude assez exceptionnel du point de vue de son écriture, de sa construction et de sa symbolique : le Prélude de l'Or du Rhin de Richard Wagner.

Ce prélude, véritable tour de force du compositeur, repose, pendant 137 mesures, sur le seul accord de mi bémol majeur. Aucune invention musicale pensez-vous ? Si on se base d'un point de vue harmonique, je ne pourrai répondre que par l'affirmative. Cependant, cette œuvre n'a de cesse de fasciner la plupart des auditeurs, qu'ils soient ou non avertis.

Comment a-t-il pu, avec de si faibles moyens, élaborer la genèse de l'œuvre à venir et son caractère cosmique. L'Or du Rhin n'est en effet qu'une partie de sa fameuse Tétralogie de l'anneau : Der Ring des Nibelungen.

Le prélude qui précède le lever de rideau décrit la naissance de l'univers jusqu'à la première scène symbolisant, quant à elle, l'état de nature et l'arrivée du mal originel. Il nous prépare à prendre place dans les profondeurs du Rhin qui est la source de la vie et le grand régulateur de l'univers. Il initie et clôt d'ailleurs la Tétralogie. Le prélude est pensé comme une illusion au cœur de l'illusion car il est censé offrir une visualisation d'un objet invisible — le Rhin — sur le théâtre. Ce que l'oreille perçoit de ce magma orchestral, elle le rapporte aussitôt à l'œil...

Le tissu sonore met 17 mesures à se constituer en accord parfait — mi bémol-sol-si bémol — alors que le leitmotiv du Rhin apparaît à la 49e mesures. À parti de ce thème, la matière gonfle, la tension croît, les mouvements s'élargissent, la pulsation rythmique se dérègle, les eaux du Rhin déferlent en arpèges fluides et gammes fusantes, couleurs et masses s'interpénètrent pour former une texture sonore qui, issue d'une intuition visuelle, conduit logiquement à l'expression verbale, laquelle sera le fait des Filles du Rhin.

Petite anecdote : la tradition du festival de Bayreuth, initiée par le compositeur, impose comme constituant de ce prélude une pratique ne figurant pas sur la partition : celle de le faire précéder de 5 minutes de silence dans l'obscurité totale pour que l'auditeur ne puissent distinguer clairement à quel moment commence la musique. Le premier accord ne saurait pas être considéré comme de la musique, c'est en revanche à partir de lui que se forme peu à peu la mélodie via une harmonie tonale.

P. S. : j'avoue que je suis d'une paresse crasse pour le moment :-P
Je reviendrai sans doute sur la Tétralogie un peu plus tard pour la développer ;-)

Edité par Pang Tong le 23/07/2018 - 11:21

"La plus grande consolation pour la médiocrité est de voir que le génie n'est pas immortel" (Johann Wolfgang von Gœthe)

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Re: Et le classique dans tout ça !

Comme c'est l'anniversaire d'un pote qui s'appelle Matthieu, je lui ai mis la fin de THX1138 sur son mur, lol ! (blague pour gens cultivés, évidemment), en lui précisant "de quoi te faire oublier ton prénom" :p

Rachel Alucard

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Re: Et le classique dans tout ça !

J'aimerais vous parler d'un compositeur largement oublié mais qui fut une petite star en son temps — du moins en Belgique :-P

Émile Louis Victor Mathieu (1844-1932), consacre sa vie à la composition et à l'enseignement. Il tente à trois reprises le grand prix de Rome belge (*) — 1869, 1871 et 1873 — sans toutefois parvenir à remporter le premier prix. Il bénéficie cependant d'une bourse de voyage de deux ans qui le permet de se fixer à Paris entre 1873 et 1875, date à laquelle il rentre en Belgique et devient accompagnateur au Théâtre royal de la Monnaie — position lui permettant de faire jouer ses propres œuvres. En 1881, il devient directeur de l'académie de musique de Louvain ; en 1898, il succède à Adolphe Samuel au poste de directeur du conservatoire royal de Gand jusqu'en 1924.

Voilà pour sa courte biographie, juste pour situer un peu le personnage.

Son chef-d'œuvre est son poème lyrique et symphonique Freyhir, deuxième partie d'un baste cycle destiné à célébrer la gloire de la Wallonie. Voilà ce que rapporte la revue l'Art moderne à propos de l'œuvre :

Citation:
On dirait que l'artiste oppose les beautés de la partie wallonne aux splendeurs des Flandres, dont il laisse à Peter Benoit le soin de célébrer la gloire. Musique wallonne, pourrait-on ajouter, procédant quelque peu de l'Ecole française, peut-être destinée, dans la pensée de l'auteur, à former une contre-partie ou le pendant de cette musique flamande, largement décorative, au coloris rutilant comme une toile de Jordaens, dont l'Escaut est la synthèse.

Pour ceux qui sont attentifs, la figure de Peter Benoit ne doit pas vous être étrangère — je l'avais évoqué précédemment à propos de sa Rubens-cantate. La situation belge est très compliquée à ce niveau là et vous constaterez des recherches et tentatives diverses dans la constitution d'une musique "belge", "wallonne" ou "flamande" avec des figures plus ou moins fortes.

Brièvement, son point fort principal de Mathieu est : son sens de l'orchestre — sa musique est d'ailleurs en ce sens qualifiée de "dentelle musicale".

Ses points faibles les plus récurrents sont : la faiblesse de la mélodie et sa recherche d'originalité qui le font se perdre quelques fois.

On peut trouver Freyhir sur Spotify.

Petit résumé tiré de l'Art moderne (novembre 1884) :

Citation:
Freyhir ! Nom euphonique, tout retentissant des harmonies caressantes de la forêt. Le poète – il y a autre chose en Mathieu qu’un aligneur de notes – imagine la splendeur des bois d’Ardenne au temps fabuleux où des cieux entr’ouverts descendaient les divinités qui mêlaient aux batailles humaines un peu de leur déité. Il raconte l’épopée des peuplades disputant aux légions romaines le sol sacré, les grandes luttes corps à corps, et Freya intervenant pour élever sur la tombe du héros mort un temple de verdure. Puis, vingt siècles après, quand le temps a dispersé, dieux, guerriers, souvenirs héroïques, il décrit le bûcheron cognant de sa hache au tronc des chênes, qui, lentement, gémissant et souffrant, tombent comme jadis les combattants. Il s’apitoie, et demande qu’on respecte la forêt.

Eh oui, c'est aussi une œuvre un peu écolo ;-)

(*) Le prix de Rome belge est une bourse d'étude pour les étudiants en art. Il est créé en 1841 par François-Joseph Fétis sur base du Prix de Rome (français) ; il disparaît en 1973. Il existait plusieurs catégories dont la composition musicale. Avec cette bourse, le lauréat effectuait un voyage à l'étranger — pas forcément à Rome — pendant lequel il perfectionnait son art. Parmi les lauréats on peut citer : François-Auguste Gevaert (2e directeur du conservatoire royal de Bruxelles), Peter Benoit (décidément), Edgar Tinel, Sylvain Dupuis, Paul Gilson, Guillaume Lekeu (second prix qui fit scandale à l'époque), Joseph Jongen, Léon Jongen ou encore Jean Absil. Bon, en fait y en a encore plein d'autres mais c'est un peu fastidieux de mettre tout le monde ;-P

Edité par Pang Tong le 07/09/2018 - 10:16

"La plus grande consolation pour la médiocrité est de voir que le génie n'est pas immortel" (Johann Wolfgang von Gœthe)

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Re: Et le classique dans tout ça !

Hello Pang, je te recommande vivement cette "pièce" majeure composée (entre autres, mais principalement) par Vivaldi...

Rachel Alucard