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Un peu de chinoiseries

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Re: Un peu de chinoiseries

Un moment à Pékin, de l'auteur chinois Lin Yutang (1895-1976), est un roman, en deux tomes, que tout amoureux de la littérature qui se respecte se doit de lire. Considérée comme la meilleure production du maître, cette large fresque romanesque restitue tant l'Histoire troublée de la Chine, de la révolte des Boxers en 1900 jusqu'à l'invasion japonaise (1937-1945), que l'histoire plus intimiste, mais non moins intéressante, des plusieurs familles dont les destins sont étroitement liés.

Lin Yutang, célèbre pour avoir tenté d'expliquer la Chine à l'Occident, nous livre, à travers les yeux principalement de Moulane, une histoire tragique remplie d'optimisme et de bonheur de vivre. Malgré les malheurs, qu'ils soient privés ou d'ordre public, l'héroïne ne flanche jamais. Malgré les heurts de la révolution, la corruption du pouvoir, les répressions sanglantes, les trafics liés à l'opium, malgré ses déboires amoureux, elle reste digne, courageuse et volontaire ; en un mot : vivante ! Ne le dites pas à ma femme, mais je crois que je suis tombé amoureux ^^

En écrivant ces quelques lignes, des larmes me reviennent. Ce roman très dense m'a énormément touché car j'ai cru y reconnaître certains traits de caractères de ma belle-famille. Certaines situations m'étaient tellement familières que j'en ai été très troublé. Lin Yutang voulait expliquer la Chine aux occidentaux, le pari est réussi. Il parvient à faire comprendre la psychologie raffinée, subtile et complexe de ses personnages qui, s'ils sont loin d'être parfaits, n'en demeurent pas moins très attachants car profondément humains. Mais plus que ça, cette histoire m'a fait ressentir des émotions rares : l'amusement, la joie, l'agacement, la peur aussi, la tristesse, puis, le soulagement et la confiance en l'avenir.

Au-delà des différences, c'est bien une part d'humanité que nous avons sous les yeux. À tous ceux qui préfèrent voir l'étranger comme un des leurs, ce roman est fait pour vous.

Je vous propose un petit extrait pour vous décider définitivement :

Citation:
Chose étrange, le fait de s'être à demi enivrée et de ne pas s'être tout à fait correctement conduite ce soir-là, procura à Moulane un sentiment d'individualité qu'elle n'avait jamais éprouvé. Elle avait été causante, étincelante, heureuse. Lorsqu'elle se mit au lit, elle se sentit comme délivrée, ce qui, sans aucun doute, était dû au vin. Pour la première fois elle se rendit compte, pendant qu'elle était couchée, qu'elle vivait dans un monde particulier, qu'il existait même un monde qui était entièrement à elle. Il lui était difficile de s'expliquer ce sentiment mais, par-derrière ce monde nouveau, ou au-dedans de lui, il se trouvait aussi — elle le discernait de façon confuse — Lifou.

Bonne lecture !

"La plus grande consolation pour la médiocrité est de voir que le génie n'est pas immortel" (Johann Wolfgang von Gœthe)

Portrait de Pang Tong
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Re: Un peu de chinoiseries

J'ai enfin pu retrouver ma petite famille !!

10 mois, c'était bien long mais nous sommes enfin ensemble !

Demain, je peux enfin sortir et reprendre le travail. Ça va me faire bizarre même si je suis hyper content comme vous pouvez vous imaginer ^^

Demain matin, je conduis ma fille au jardin d'enfants ; elle était toute content de dire que lundi son papa viendrait la conduire et la rechercher :-)

"La plus grande consolation pour la médiocrité est de voir que le génie n'est pas immortel" (Johann Wolfgang von Gœthe)

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Re: Un peu de chinoiseries

Excellent !

Content pour toi l'ami !

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Re: Un peu de chinoiseries

Que de bonnes nouvelles Pang Tong !

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Re: Un peu de chinoiseries

Super, très bonne nouvelle pour toi !

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Re: Un peu de chinoiseries

Merci les gars ! Je vais enfin pouvoir reprendre une vie normale :-)

Du coup, j'aurai de nouveau des contacts avec des gens et j'essayerai d'alimenter le topic ici ^^

"La plus grande consolation pour la médiocrité est de voir que le génie n'est pas immortel" (Johann Wolfgang von Gœthe)

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A rejoint: 27 juillet 2016
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Re: Un peu de chinoiseries

Citation:
Du coup, j'aurai de nouveau des contacts avec des gens et j'essayerai d'alimenter le topic ici ^^

Tu éviteras juste de faire semblant d'être malade pour faire peur aux gens dans la rue : je pense que c'est pas une bonne idée.^^

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A rejoint: 12 novembre 2016
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Re: Un peu de chinoiseries

Trikounet a écrit:
Tu éviteras juste de faire semblant d'être malade pour faire peur aux gens dans la rue : je pense que c'est pas une bonne idée.^^

Hahaha, j'éviterai effectivement ! Profil bas, bonne humeur et bonne santé ! Voilà les maîtres mots de la réussite en Chine pour le moment.

Mais je vous raconterai l'ambiance car je crois que dans l'ensemble, ça se passe beaucoup mieux qu'en Europe.

"La plus grande consolation pour la médiocrité est de voir que le génie n'est pas immortel" (Johann Wolfgang von Gœthe)

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A rejoint: 12 novembre 2016
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Re: Un peu de chinoiseries

Bon, je ne suis plus si sûr de ce que j'ai déjà raconté mais je ne pense pas vous avoir déjà raconter l'enterrement de la grand-mère paternelle de ma femme.

C'était quelque chose d'assez spectaculaire du point de vue de la durée et du cérémonial.

Pendant une semaine, toute la famille a été réquisitionnée pour assister et participer à l'enterrement. Il y avait des musiciens, un bonze, les oncles et tantes, les cousins et les cousines, et enfin, nous.

La grand-mère, décédée à l'âge respectable de 91 ans, a eu 7 enfants en tout : 4 fils et 3 filles. Chacun de ses enfants a eu quelques enfants à son tour, ce qui fait qu'il y avait beaucoup de monde (pour tous ceux qui se demandent, la politique de l'enfant unique n'a commencée qu'en 1985, avant cela, les mamans étaient à l'honneur).

Lorsqu'elle est décédée donc, nous sommes tous retournés dans son village pour nous recueillir devant sa dépouille et participer au cérémonial. Nous avons veillé le corps pendant une semaine environ avant de le faire incinérer — c'est obligatoire aujourd'hui d'incinérer les corps — et de l'enterrer dans le "caveau familial".

Beaucoup de prières, beaucoup de chants, beaucoup de pauses cigarette aussi...

Le jour de la mise en bière a été assez impressionnant. Tout d'abord, le père de ma femme m'a demandé un service assez particulier : celui de le représenter comme fils pendant la cérémonie. Il a eu 2 filles et aucun fils, ce qui, quoi qu'on puisse penser, a toujours été une sorte de blessure pour lui. Cette blessure est d'autant plus forte que ses frères ont tous des fils. Quoi qu'il en soit, j'ai accepté. Ceci impliquait tout de même une participation active lors de cette journée.

Tout d'abord, vers 4 heures du matin, nous nous sommes habillés des vêtements funéraires qui consistaient en de grandes toges blanches — le blanc étant l'habit du deuil — et de chapeaux tressés en guise de couvre-chefs. Une fois préparés, les petits-fils, c'est-à-dire les cousins de ma femme et moi-même, se sont installés dans la chambre mortuaire, séparée de la cours où se positionnait le public par un long drap rituel, au côté de la défunte. Ce moment fut assez stressant pour moi car, outre le fait d'être positionné à côté d'un défunt, je finis par comprendre que mon rôle ne me serait jamais expliqué. On me donna deux morceaux de bambous en me disant qu'il me faudrait marcher avec plus tard. Je demandai à un des cousins de ma femme quelle serait la suite des événements ; il me répondit qu'il ne savait pas lui-même et que je n'aurais qu'à faire comme lui. J'étais d'autant plus concentré que tout le village et les environs étaient présents à ces funérailles. Je n'avais donc pas le droit à l'erreur...

Les informations étaient bien entendu données par les anciens du village mais ceux-ci ne parlant que le dialecte local, il m'était impossible de comprendre ce qu'ils pouvaient bien raconter. Les jeunes ne sachant pas quoi faire exactement, ils s'en referaient aux anciens... J'observai attentivement les cousins de ma femme s'exécuter dans le cérémoniel et je remercie encore le ciel de m'avoir doté d'une certaine mémoire.

Il fallait sortir de la chambre mortuaire à reculons ; faire trois pas en positionnant les deux morceaux de bambous — de 30-40 cm — sur le pied droit jusque devant l'autel faisant face à ladite chambre mortuaire. L'autel consistait une table sur laquelle étaient posés divers plats, de l'alcool, de l'encens, des bougies et un portrait photographique de la défunte. Face à l'autel, il m'a fallut opérer trois génuflexions les mains jointes, puis me relever, prendre la carafe d'alcool délicatement, sans quitter ma place, en verser à trois reprises dans un petit bol, reposer la carafe délicatement, répéter les trois génuflexions, me relever, me déplacer vers la droite en trois pas, répéter l'opération avec l'alcool et les trois génuflexions, revenir à la place centrale, répéter les génuflexions, me diriger vers la gauche en effectuant les mêmes opérations, revenir à la place centrale, faire une dernière fois les trois génuflexions mains jointes, me diriger dans la foule. Je peux assurer qu'une fois cette tâche faite, je me suis senti soulagé ; j'avais tellement peur de faire une bêtise dans un moment pareil devant tout le monde que je ne faisais pas le fier...

Une autre étape importante fut l'incinération du corps. C'était un moment assez particulier car j'ai eu l'impression, lorsque nous sommes arrivés au crématorium, d'arriver à l'usine. Tellement de familles se trouvaient là au même moment ! Chacun accompagnait son défunt allongé sur une civière. Une fois le moment venu, deux personnes venaient presque au pas de course chercher la civière pour conduire le corps à incinérer et la famille et les musiciens suivaient alors à ce même pas de course avec un léger décalage parfois. On avançait donc étape par étape avec notre défunte. C'était assez désagréable comme sensation, d'autant plus désagréable que nous devions être quelques centaines de personnes au même endroit occupés que nous étions à attendre notre tour. Un moment assez gênant s'est même déroulé pendant l'incinération. J'étais toujours en habit de cérémonie. Rien de bien choquant mais l'habit que je portais faisait comprendre que j'étais un des petits-fils de la personne incinérée. Comme je ne suis pas vraiment typé asiatique et que nous étions à la campagne, beaucoup de gens hallucinaient de me voir ainsi ; certains musiciens professionnels travaillant pour d'autres familles ont même arrêté de jouer de la musique à mon passage. J'ai l'habitude de me faire zieuter mais là, c'était bien bien gênant...

Une fois le corps incinéré, nous sommes revenu au village pour placer les cendres dans le cercueil avant de porter celui-ci en dehors du village, dans la montagne, dans la tombe prévue pour lui. Le cercueil était porté par les enfants de la grand-mère alors que les petits-fils, moi y compris, précédaient le groupe en marchant à reculons en s'aidant des deux morceaux de bambous, ce qui nous obligeait à marcher en canard. Il a fallut marcher ainsi pendant 1 heure pour arriver péniblement jusqu'à la place du village où le cercueil fut déposer et que deux chanteurs sont venus nous jouer des extraits connu d'opéras de la région.

Suite à ça, un nouvel incident gênant s'est produit. La chanteuse à pris le portrait grandeur nature de la grand-mère et s'est dirigée vers nous en mode pleureuse. Elle présentait le portrait à chacun et nous devions à tour de rôle pleurer en disant son nom. Lorsque je dis pleurer, ce n'est pas verser des larmes mais pleurer sans contrôle si vous préférez. Hurler le nom de la défunte en disant que ce n'est pas juste, qu'elle va nous manquer, qu'on veut la revoir, etc. Quand mon tour est arrivé, j'ai fait comme les autres même si je n'étais pas vraiment sûr de moi. Dans la vie, on n'a pas toujours le choix : parfois, il faut se lancer sans réfléchir.

Après, nous avons repris notre procession jusqu'à la tombe de la même manière que nous étions arrivés jusqu'à la place du village à ceci près que les femmes nous accompagnaient désormais. Également vêtues des habits de deuil, elles pleuraient toutes, pardon, elles hurlaient en chœur en ouvrant la marche. Les femmes étaient dans leur rôle de pleureuses. C'est quelque chose d'assez impressionnant pour qui n'a jamais vu ça dans sa vie. C'était d'autant plus impressionnant que je connaissais toutes les pleureuses. Elles n'avaient plus aucune retenue, au point même qu'une des tantes de ma femme, installée au dessus de la tombe, a failli tomber au moment où on fermait le caveau de la tombe.

Après cela, du papier monnaie à été brûlé et des offrandes ont été offertes à la défunte pour l'accompagner dans son dernier voyage. Des offrandes ont été faites aussi pour les ancêtres, accompagnées, elles aussi, par des prières. Ensuite, nous sommes tous allés manger comme on peut le faire en Europe.

C'était une expérience très riche et je me suis senti honoré d'avoir pu remplir ce rôle actif dans la famille. J'ai déjà prévenu mon beau-père que je porterai son cercueil quand son heure sera venue. Il a été soulagée et heureux d'apprendre ça.

"La plus grande consolation pour la médiocrité est de voir que le génie n'est pas immortel" (Johann Wolfgang von Gœthe)

Portrait de GreenSnake
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Re: Un peu de chinoiseries

Hébé... Sacrée cérémonie. Merci pour ce témoignage ! Peu importe les continents, la mort c'est quand même une sacré mise en scène...

Est-ce que tu m'en veux si j'ai pensé à ça pendant un moment ?

Spoiler

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